recherche

Search form

February 2016 - Lent

Dom Germain Cozien, Méditations sur l'année liturgique, le carême

Le mystère de Noël a eu sa préparation liturgique pendant l'Avent, de même le mystère de Pâques aura la sienne : le Carême. C'est le temps de la grande retraite chrétienne, avec l'Église, auprès de Notre Seigneur qui monte à Jérusalem où seront accomplies toutes les prédictions des Prophètes sur le Fils de l'Homme.

Une première fois, le Baptême nous a greffés, attachés à cette mort et à cette résurrection de notre Maître. Il a fait de nous des chrétiens : ce nom renferme un programme qui doit se réaliser mais progressivement. Aussi chaque année, la célébration de Pâques a pour rôle authentique de nous ressaisir pour nous incorporer plus étroitement à notre divin Chef et la préparation quadragésimale nous dispose à cette œuvre de mort et de vie que le mystère pascal veut opérer en nous. La fête de Pâques a pour effet d'accentuer, d'enraciner, d'enfoncer plus profondément chez nous l'élément de vie, tandis que le carême nous place plutôt dans l'élément de mort en nous faisant participer aux souffrances et à la passion de Jésus, c'est pourquoi il demande de nous des retranchements sur de nombreux terrains.

L'abstinence corporelle a pour but de nous conduire au jeûne spirituel. La mortification quadragésimale consiste surtout à mettre un frein à tout ce qui, chez nous, s'oppose au règne complet de Dieu. Au mercredi des cendres, la lecture du prophète Joël nous dit que les signes extérieurs de notre pénitence ne valent quelque chose que dans la mesure où ils nous détachent du péché. Le jeûne, l'abstinence, ne sont donc rien aux yeux du Seigneur si nous n'y joignons la mortification de l'esprit, de la volonté, du cœur. Il s'agit avant tout de nous purifier, de nous spiritualiser, comme le soulignent bien les textes liturgiques du carême.

Ces textes sont un véritable festin spirituel, il semble que l'Église veuille donner à l'âme tout ce qu'elle retranche au corps. La richesse de la préparation est en effet déterminée par celle du mystère pascal. Ce mystère est à la fois simple dans sa réalité profonde, et très complexe en raison de notre infirmité qui nous oblige à la prismatiser en quelque sorte pour en considérer successivement les divers aspects, qui vont de la souffrance à la gloire.

Considérons aussi la physionomie catholique du carême : au lieu de penser à soi, de ruminer sa misère personnelle, on voit qu'il y a un intérêt communautaire à s'oublier soi-même, à donner ce que l'on a, peu, si c'est peu, ce que l'on est. Nous ne sommes pas des individus isolés, nous sommes des membres de l'Église, qui, tout entière, vit le carême pour se préparer à Pâques.