Abbaye

Vie fraternelle

Aux chapitres 2 et 4 des Actes des apôtres, saint Luc décrit la première communauté chrétienne de Jerusalem. Il note que « la multitude des croyants n'avait qu'un coeur et qu'une âme ». La vie monastique cénobitique s'efforce de refléter cet idéal. Voyons ce qu'il en est dans le détail du quotidien.

Saint Luc ajoute aussitôt : « Nul ne disait sien ce qui lui appartenait, mais entre eux tout était commun ». Le voeu de pauvreté concrétise la communauté des biens. Le moine n'a pas de pécule (même pas l'abbé). Le cellérier a sans doute la signature d'un compte bancaire, mais ce n'est pas pour ses besoins personnels. Chacun reçoit donc des différents services ce qui lui est nécessaire, et la Règle précise que ce n'est pas toujours une mesure égale, mais une mesure adaptée aux besoins réels (et reconnus comme tels par l'abbé.

Au delà de ces nécessités économiques, la vie fraternelle se reconnaît dans les divers secteurs d'activité que nous avons décrits plus haut : avant tout dans la prière liturgique quotidienne où chaque moine est invité à donner le meilleur de lui-même. Le chant choral comprend plus d'ascèse que ne le pensent habituellement nos auditeurs. Nous avons longtemps les mêmes voisins dont nous apprécions plus ou moins les compétences. Les circonstances peuvent nous demander, lors de l'éxécution des pièces, de mettre de côté notre manière propre de chanter pour nous adapter au ton, au rythme, au mouvement décidés par le maître de choeur. L'unité du choeur monastique est à ce prix.

On retrouve cette nécessité de l'adaptation à l'ensemble dans la vie intellectuelle et dans la vie économique. S'il est vrai que chacun doit employer ses talents aux oeuvres entreprises, il doit aussi tenir compte des autres, en les servant avec charité sans les écraser par supériorité. Ce sens évangélique de la charité fraternelle a été décrit par saint Benoît dans un de ses plus célèbres chapitres, celui du bon zèle :

« Comme il y a un zèle mauvais et amer qui sépare de Dieu et mène à l'enfer, il y a un bon zèle qui sépare des vices et mène à Dieu et à la vie éternelle. Les moines exerceront donc ce zèle avec l'amour le plus ardent :

  • - ils s'honoreront mutuellement de prévenances ;
  • - ils supporteront entre eux avec la plus grande patience les infirmités physiques et morales ;
  • - ils s'obéiront à l'envi les uns aux autres ;
  • - nul ne recherchera ce qu'il juge utile à soi-même, mais ce qui l'est à autrui ;
  • - ils se prodigueront en toute pureté une charité de frères ;
  • - ils craindront Dieu par amour ;
  • - ils aimeront leur abbé d'une charité sincère et humble ;
  • - ils ne préfèreront absolument rien au Christ : qu'il daigne nous conduire tous ensemble à la vie éternelle ».
  • Les événements permettent aussi de poser des gestes d'affection fraternelle : joies ou deuils, fêtes marquées par un bouquet de fleurs, anniversaires... Dom Guéranger, contrairement à d'autres traditions monastiques, a insisté sur la nécessité de récréations et de promenades. Elles permettent des échanges plus personnalisés, qui édifient, au sens propre, la communauté monastique.

    La vie bénédictine serait-elle donc la société idéale ? Les moines ne sont pas des saints, mais des pécheurs qui s'efforcent de se convertir, avec la grâce, à la lumière de l'Évangile. Saint Benoît le savait bien qui écrit (ch. 13) : « Les laudes et les vêpres ne s'achèveront jamais sans qu'à la fin la prière du Seigneur soit dite intégralement par le supérieur, de façon à être entendu de tous, à cause des germes de discorde qui pointent couramment ». De la sorte, engagés par la promesse qu'ils font dans cette prière en disant : « Pardonne-nous comme nous pardonnons », ils se purifient de ce genre de faute . Aucun monastère n'est sans ombres, mais en tous, les frères tendent à une même vocation, sous la vigilance paternelle de l'abbé. « Celui-ci, dit la Règle, équilibrera si bien toutes choses que les forts aient à désirer et que les faibles n'aient pas à s'enfuir ».

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